mercredi 9 mai 2012

Série : mort ou vie pour le français au Canada 4

Pour mon post final sur ma série linguistique au Canada, je vais parler du cas particulier du Québec. Composé à 82% de francophones. Les anglophones eux représentent 8% de la population. Le 10% restant est réparti parmi les immigrants. Donc il est bien évident que le français est nettement prédominant dans la province. Toutefois, dans certains endroits leur proportion est assez importante. Voyons voir les statistiques de 2006 du recensement pour la langue maternelle (parlée à la maison) :

Régions                         FR           EN            autres
Île de Montréal              49%        18%           33%
MRC du Pontiac           41%         57%           2%
Estrie                             88%         7%            5%
Gatineau                        80%        11%          9%
Saint-Hyacinthe             97%        0,5%         2,5%
Québec (ville)                95%        1,5%         3,5%

 
Comme on voit, rare sont les régions où les anglophones représentent une majorité. Mais de plus en plus les allophones représentent un poids majeur. Et nombre d’entre eux, bien que ne parlant pas l’anglais à la maison, fonctionne en anglais pour le travail et les études supérieures.

Parmi les points soulevés pour la préservation du français, on parle du respect de la Loi 101 en ce qui concerne l’affichage. En général, il y a eu une nette amélioration depuis l’adoption de la Loi 101. Certes, on pourrait dire que certains commerçants ne respectent pas en totalité les dispositions de la Loi, en ayant un nom anglophone. Toutefois les raisons sociales des entreprises (leur nom) n’a pas à l’être, mais se doivent de rajouter un descriptif en français. Par exemple, les Cafés Second Cup, Rôtisseries Scores. D’autres ne le font pas, comme EB Games. La Loi de ce côté est plus ou moins appliqué. Elle le sera dans des cas plus extrêmes, tel que Dry Clean pour un nettoyeur. Mais soyons logique, tout n’est pas francisable, Staples l’a fait pour Bureau en Gros, mais les pneus Bonne Année (Goodyear), Les jouets sont nous (Toys R Us), pas sûr que se serait gagnant…

Et du côté de l’affichage, là ou la Loi est un peu plus appliqué, c’est dans le cadre de l’affichage descriptif, par exemple pour indiquer un solde, ce qu’on retrouve dans une allée de magasin, les menus. Dans ces cas-ci, la taille du lettrage doit être plus gros en français qu’en anglais, le français en premier. 


Il n’y a rien qui oblige le service en français par contre. Et c’est là que dans les dernières années on a vu des cas, surtout dans la région de Montréal. Dans de nombreux commerces du centre-ville, des cas ont été recensés et rapportés, concernant l’absence de services en français. Dans certains cas, des francophones ont même été insultés lorsqu’ils ont osés demander du service en français. Ça c’est un problème majeur qui doit être réglé. Bien sûr il est possible de ne pas fréquenter les commerçants qui n’offrent pas le service en français. Mais encore là, nous nous ferions traiter de raciste encore une fois. 

L’accès à l’éducation en anglais a beau être très restreinte, n’empêche qu’il y a des moyens de contourner les Lois, tel que les écoles passerelles. Ou bien à la fin du secondaire, comme les Cégeps et universités ne sont pas réglementés par la Loi 101, plusieurs s’y inscrivent. Ce n’est pas un mal en soi, c’est même bien de pouvoir perfectionner son anglais. 

Ou pour moi il y a un problème, c’est la facilité de vivre en anglais, spécifiquement à Montréal, en Outaouais et à Sherbrooke. À Montréal, on ne retrouve pas moins de deux universités anglophones (McGill et Concordia), et c’est sans compter sur le réseau des Cégeps anglophones (trois à Montréal, un en Outaouais, un à Québec, un à Sherbrooke, un à Saint-Lambert, en plus du secteur anglais des Cégep de Sept-Îles et de celui de la Gaspésie—Les-Îles, et de quelques collèges privés). Et notons aussi, que le réseau d’écoles primaires et secondaires couvre presque toutes les grandes villes du Québec. De un.


De deux, le réseau de santé est très bien développé à Montréal. Le nouveau centre de santé McGill est en construction, d’autres établissements de santé sont bilingues (tel que Lakeshore à Pointe-Claire). À Montréal, il y a même des soins pour les Italiens (hôpital Santa Cabrini), et un centre de soins de longue durée pour les Chinois (hôpital chinois, dans le quartier chinois). Ailleurs au Québec, c’est différent. Il peut être plus difficile de se faire servir en anglais.

De trois, les médias anglophones sont largement présents au Québec. Deux quotidiens les desservent, The Gazette à Montréal, et The Record à Sherbrooke. C’est sans compter que les journaux d’Ottawa couvrent l’actualité de l’Outaouais. Et il y a de nombreux journaux hebdomadaires de langues anglaises dans ces mêmes régions. La télévision anglophone est bien établie aussi. CBC, CTV et Global ont des stations locales,. Pour la radio, pas mal partout au Québec, CBC est retransmis, Montréal a plusieurs stations locales, en Outaouais, les stations d’Ottawa font le travail. Et en Outaouais et à Montréal, dans les cinémas, il y a toujours plusieurs salles qui présentent des films en langue anglaise. C’est sans compter les troupes de théâtre, d’improvisation, les cercles culturels, etc.


Avec tout ça, on voit bien qu’il est plutôt facile de vivre sa vie en anglais au Québec, que pour un francophone de vivre sa vie en français à Moncton ou à Ottawa. De plus, les Québécois chialent, mais s’écrasent toujours devant la langue anglaise. Temps et aussi longtemps que se sera le cas, le français demeurera, surtout à Montréal, en danger. Mais si les francophones n’hésitaient pas à se tenir debout, comme les Acadiens ou les franco-Ontariens l’ont déjà fait, là les anglophones seraient plus respectueux du français. En attendant, bien, comme un récent sondage du magazine L’Actualité l’a démontré, une bonne proportion des anglo-québécois ne voient pas le français comme une priorité dans leur environnement.

Si seulement les francophones hors-Québec étaient aussi bien desservit que les anglophones le sont au Québec… 

 

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